|ZOOM SUR : LA COUR DES VORACES|

La Cour des Voraces... à cette simple évocation, c'est son escalier majestueux qui s'impose à l'esprit de tout Lyonnais. Mais son histoire va bien au-delà. Zoom sur cette cour improbable!

Une Traboule

Située sur les pentes de la Croix-Rousse, entre le 9 place Colbert et le 29 rue Imbert-Colomes, celle qu’on appelle communément la Cour des Voraces est en réalité, une traboule! 

Malheureusement, 95% des traboules de la Croix Rousse sont aujourd’hui privées et fermées, donc inaccessibles au public. La cour des Voraces fait donc figure d’exception.

Histoire

La construction de cette traboule et des bâtiments qu’elle dessert a été rendue possible par la disparition des vastes couvents et monastères qui avant la Révolution française, occupaient la quasi-totalité de la colline de la Croix-Rousse.

Les besoins de l’industrie de la soierie florissante en ce début de XIX° siècle, bénéficiant notamment des progrès du métier Jacquard, étaient tels que, de 1810 à 1830, on a assisté à une véritable fièvre de construction. Dans le même temps, le nombre de métiers à tisser doublait. C’est parce qu’il a été construit sur une -courte période (1810-1848) que l’habitat croix-roussien présente une telle homogénéité. C’est d’ailleurs cette homogénéité qui a été reconnue en juillet 1984 par la création de la Zone de Protection du Patrimoine Architectural, Urbain et Paysager des Pentes de la Croix-Rousse. La cour et les escaliers de la Cour des Voraces ont ensuite été inscrits à Inventaire supplémentaire des Monuments historiques, en 1990.

La vie de la Cour des Voraces apparaît liée aux événements historiques qui ont rythmé l’histoire du mouvement ouvrier à Lyon au XIX° siècle. De nombreuses anecdotes courent sur le rôle central qu’elle aurait joué dans l’Histoire, particulièrement à l’occasion des grands épisodes d’agitation des ouvriers de la soie, en 1831, 1834 et 1848. Il semble que certains de ces récits aient été tellement enjolivés qu’ils relèvent de la légende ; il n’en reste pas moins vrai que la Cour des Voraces a été un haut lieu des luttes ouvrières au cours du XIX° siècle.

A  la fin des années 1980,  la Cour des Voraces présentait tous les signes d’une décadence alarmante : les parties communes des immeubles étaient humides  et sombres ; les appartements, dépourvus d’éléments de confort (salles de bains, WC, systèmes de chauffage central…) ; naturellement, les façades lépreuses proclamaient l’état de l’ensemble. La Cour des Voraces était habitée par une population très pauvre, qui s’était réfugiée là à la recherche d’un habitat aussi bon marché que possible. C’est dans les années 1990 que la Cour a subi une forte restauration et remise en sécurité.

Description

La cour des Voraces est un important ensemble immobilier, représentatif de l’habitat ouvrier – dit Canut – de la Croix-Rousse au XIX° siècle. Les Canuts – ouvriers de la soie- devaient répondre à une commande, et respecter une date et une heure de livraison. Tout retard entraînait des pénalités. Ils n’avaient donc ni temps ni énergie à perdre d’où l’importance des traboules qui leur permettaient un gain de temps.

Selon l’hypothèse la plus courante, le mot VORACES serait une déformation du mot «devoirants», lui-même dérivé de « Compagnons du Devoir », dénomination choisie en 1846 par une association compagnonnique qui avait établi en ce lieu son quartier général. Les Voraces étaient, en effet, les membres d’une association qui s’était constituée en réaction à un changement de contenance du pot de vin. Ces ouvriers se sont structurés en coopérative afin d’aller chercher le vin et d’autres denrées pour échapper aux prix des commerçants. Il s’agissait d’une des nombreuses organisations ouvrières plus ou moins secrètes, de longue date basées dans le quartier.

L’Escalier

Dominant la cour inférieure, depuis l’accès de la place Colbert, un monumental escalier de pierre saute véritablement aux yeux. Sa construction , au début du XIX° siècle, a constitué un exploit technique et architectural. Cet escalier, caractéristique et très connu,  est accolé au bâtiment central sur toute la largeur et toute la hauteur de sa façade Nord. Il partage ses coursives avec l’immeuble qu’il dessert par sa façade Nord.

Il est à volées droites superposées, à mur d’échiffre (c’est-à-dire le mur porteur de l’escalier) très ajouré et largement ouvert sur la cour. Les volées droites reposent sur des limons obliques formés chacun d’une seule pierre monumentale. Les blocs de pierre doivent peser des dizaines de tonnes et sont pourtant ajustées avec précision. Au sommet de l’escalier, l’étage supérieur est construit en bois, dans le même style.

L’ensemble est original, complexe et homogène:

  • Original : l’escalier enrichit la façade nord et focalise l’attention de tout passant. Cet escalier de 6 étages est l’élément qui différencie l’immeuble de tous les autres immeubles du quartier. Il résume à lui seul la forte identité de la Cour de Voraces.
  • Complexe : par sa configuration : il est structuré par deux cours superposées, reliées par un grand escalier à ciel ouvert.
  • Homogène : par son allure, très typique du quartier : les immeubles sont hauts (de R+5 à R+7) ; les baies immenses ;  le tout desservant des bâtiments de hauteur importante et relativement homogène ; homogène aussi par son ancienneté : les bâtiments qui composent cet ensemble ont tous en moyenne 180 ans, à une dizaine d’années près.

La Plaque

Une plaque commémorative est présente au bas de l’escalier. Elle est relativement incohérente avec le lieu et son histoire réelle.

La plaque parle de salaire, or les Canuts ne sont pas salariés mais sous-traitants. Malgré tout, cette plaque permet d’évoquer les grandes révoltes des Canuts. Dans une conjoncture de l’industrie textile peu favorable en 1831, les ouvriers demandent à maintenir leurs revenus constamment en baisse. La conjoncture économique est morose et les commandes de soierie diminuent : les prix chutent. Les Canuts regrettent le temps où, sous l’Empire (1804-1814), les prix étaient garantis par des “tarifs”, prix minimum règlementaire. Le 18 octobre, ils obtiennent du préfet du Rhône Bouvier-Dumolart l’introduction d’un tarif auprès des fabricants. Mais ces derniers y voient une entrave à la liberté économique et 104 d’entre eux refusent d’appliquer le tarif établi. La révolte des Canuts  eut lieu du 21 au 24 novembre 1831 mais fut au final sévèrement réprimée. Une autre insurrection eut lieu en avril 1834, puis encore une autre en 1848 dite « des Voraces ».

Soumis à l’incertitude du lendemain, les ouvriers lyonnais s’organisèrent très tôt. Ils se regroupèrent dans des sociétés de secours mutuel. Les années 1804 à 1828 virent ainsi la formation de 8 sociétés destinées à mutualiser l’indemnisation du chômage temporaire. Mais d’autres avaient pour but de constituer clandestinement des caisses de grève. Le mutuellisme favorisa donc les mouvements revendicatifs.

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