|ZOOM SUR: la Manécanterie|

Voici un bâtiment bien trop souvent oublié, dédaigné des touristes, à peine regardé, alors qu'il mérite toute l'attention lui-aussi: la Manécanterie!

Situé sur le côté sud de la grande et puissante cathédrale Saint-Jean, la Manécanterie est plus discrète mais révèle d’une grande richesse. Présentation d’un bâtiment trop souvent ignoré… Des recherches archéologiques réalisées entre 1981 et 1984 ont permis de compléter des textes connus, mais souvent imprécis, et de brosser une histoire de la Manécanterie de Lyon, l’édifice le plus ancien du centre historique de la ville.

Elément de définition: mais c’est quoi une manécanterie?

Etymologiquement, le mot « manécanterie » vient du latin mane cantare qui signifie littéralement « chanter le matin ».

Historiquement, le mot « manécanterie » désigne un chœur d’enfants uniquement composé de garçons, rattaché à une cathédrale et donc géré par le clergé de la dite cathédrale.
Au cours de la Renaissance, les manécanteries deviennent de prestigieuses écoles où les garçons reçoivent une éducation de haut niveau, non seulement dans le domaine musical, mais également dans le domaine religieux, ce qui permet aux élèves sortants d’occuper des postes importants dans l’Église.

Un bâtiment d’origine médiévale

La manécanterie fait partie des bâtiments situés à l’intérieur du Grand Cloître Saint Jean, c’est-à-dire l’enceinte claustrale des chanoines de la cathédrale. Elle fait partie des derniers vestiges médiévaux du Grand Cloître.

Aucune archive antérieure au XIIème siècle ne désigne avec précision ce bâtiment qui apparaît à cette époque sous le nom de « réfectoire », puis de « dapiferie » c’est-à-dire la salle où les chanoines prennent leurs repas en commun. Le bâtiment accueille donc des activités du quotidien des chanoines.

Au XIVème siècle, les clergeons, c’est-à-dire les chanoines en formation semblent y être logés. Ils y apprennent notamment à chanter les offices (qui devaient être connus par cœur), d’où le nom du bâtiment.

Gravure d'Israël Silvestre - XVII° siècle

Architecture: un bâtiment unique

La façade ouest, place saint Jean, date du XIème siècle, elle est donc d’architecture romane. Elle a été plaquée sur un bâtiment construit au VIIIème siècle, lui-même édifié sur les restes d’un édifice daté du IIème siècle après J.-C. 

Cette façade présente un riche décor roman bien intégré dans une architecture très sobre : elle est divisée en 4 travées par 3 contreforts peu saillants flanqués de piédroits jusqu’au deux tiers de leur hauteur. Les trois travées nord sont dédoublées par des pilastres simples d’une hauteur égale à celle des piédroits encadrant les contreforts. Piédroits et pilastres supportent des colonnes sur lesquelles retombe une arcature sculptée, par l’intermédiaire de tailloirs également décorés. Quatre statues dans leur niche animent cette façade. La quatrième travée, au sud, est tout entière occupée jusqu’à mi-hauteur, par une grande porte romane, rajoutée ultérieurement.

Les sculptures

La façade est animée par quatre statues dans des niches ouvertes. Il devait sans doute y en avoir 6 à l’origine, mais l’ouverture de deux grandes fenêtres tardives en aurait supprimé deux. Leur identification est difficile en raison des visages burinés (peut-être en raison des dégâts subis en 1562 par les hordes protestantes du Baron des Adrets), mais voici ce qu’on peut supposer du nord vers le sud :

au nord, une femme dans l’attitude d’une Vierge à l’Enfant et entourée de 4 petits personnages, dont un homme d’arme en bas, à droite.

puis vient un musicien jouant d’un instrument pouvant être un psaltérion 

ensuite se trouve probablement un géomètre tenant une baguette.

enfin au sud, se trouve une figure debout pointant l’index vers une étoile à 8 branches (un symbole pour l’astronomie?).

Ces quatre personnages évoqueraient donc 4 disciplines enseignées dans les manécanteries: religion, musique, géométrie et astronomie. Toutefois, la souplesse des plis, la diversité des attitudes sont peut-être plus importantes pour l’histoire de la sculpture locale que l’identification pure de ces personnages.

L’arcature et les motifs rouges

Le niveau d’arcatures aveugles – c’est-à-dire les arcs situés au-dessus des statues – est réalisé en belles pierres de taille plaquées sur un mur en petites pierres irrégulières.

Cette arcature sculptée brise l’élancement vertical donné par les contreforts. Le décor de mortier rouge incrusté ponctue l’ensemble de ses motifs  géométriques : carrés, losanges, disques et triangles; et une ligne régulière de disques de ce même mortier rouge souligne la frise sommitale. Ces incrustations rappellent les influences byzantines qui marquèrent l’Eglise de Lyon.

La porte

La grande porte a également conservé cette bichromie. Son archivolte en plein cintre, seule partie sculptée, est composée d’un bandeau de fleurs de lys en croix, inscrites dans un carré. Nous retrouvons ce motif de fleuron, dans l’église lyonnaise de Saint-Martin d’Ainay, à la base des pilastres cannelés. La sculpture en est vigoureuse et profonde. La richesse de cette archivolte et sa mosaïque de briques rouges en font une partie intégrante du décor de l’ensemble de la façade.

Partie supérieure de la porte

Au cours de quelle enquête est-il possible de contempler la Manécanterie?

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *