|ZOOM SUR: la serre Victoria|

Connaissez vous cette serre? Avez-vous une idée de l'endroit où elle se trouve? Pour en savoir plus, zoom sur une petite serre qui a tout d'une grande.

Située au coeur du jardin botanique du parc de la Tête d’Or, la Serre Victoria Regia – pour être exact – est aujourd’hui quelque peu tombée dans l’oubli. Pourtant à la fin du XIX° siècle, elle a fait la fierté de la Ville de Lyon qui pouvait dès lors exposer le nénuphar géant portant le même nom que la serre.

Histoire d’une découverte

Au XIXème siècle, les colons britanniques rapportent d’Amérique du Sud un spécimen végétal qui va embellir leurs collections botaniques déjà bien remplies : le nénuphar géant ! Il a été découvert et décrit en Amazonie en 1837 par sir Robert Schomburgk, un explorateur anglais, qu’une de ses missions conduisit en Guyane britannique, alors presque inconnue. Missionné par la Société royale géographique, il s’empresse de communiquer aux savants anglais la découverte de cette plante qu’il nomme Nymphaea victoria. Ce nénuphar imposant aux fleurs éphémères sera pourtant rebaptisé en 1838 Victoria regia, pour flatter la souveraine de l’Empire britannique. L’histoire ne dit pas s’il fut nommé en l’honneur de la grandeur de son règne ou pour se moquer de son appétit légendaire.

C’est Joseph Paxton qui acclimata cette étrange plantation en 1849 et il construisit une serre inspirée de la structure des feuilles de nénuphar géant. Une serre en verre et en fer comme cela se faisait beaucoup au XIX° siècle. La serre Victoria du parc de la tête d’or est d’ailleurs sur ce modèle. Dès lors, partout, on voit des photographies de bébés et d’enfants flottant sur ses feuilles et, à Lyon, comme dans le reste du monde, on s’empresse de faire l’acquisition d’un Victoria.

The Illustrated London News publie en 1849 une gravure montrant la fille du jardinier Joseph Paxton sur une feuille du Victoria dans une serre de Chatsworth House.

La construction de la serre du parc de la Tête d’Or

Lors de la construction du Parc de la Tête d’or, en 1856, Denis Buhler arrive à obtenir des graines auprès d’un pépiniériste de Marseille. Mais ce n’est qu’une trentaine d’années plus tard, que l’on décide de consacrer à cette plante une serre aquarium spécifique.

Afin de défendre ce projet, l’ingénieur des Eaux et Promenades publiques et directeur du Parc de la Tête d’or, M. Oddot en dresse le programme et le plan de la serre pour y cultiver la Victoria. « Parmi ces plantes [aquatiques], il en est une qui suscite l’admiration de tous les admirateurs, et dont les feuilles atteignent un diamètre moyen de 1m60 » Au Conseil Municipal daté du 17 mars 1887, les élus évoquent la nécessité de combler cette lacune. Il s’agit également d’une question de fierté car la Belgique et les Pays-Bas sont déjà pourvus de telles serres et Lyon doit donc « rattraper son retard ».

Pour pouvoir accueillir ce nénuphar comme il se doit, on construit une serre au milieu du parc de la Tête d’Or dès 1888. Le bassin central lui est alors réservé, aménagement exclusif en France, faisant la fierté du Jardin botanique. Le projet prévoit la construction d’une serre circulaire dont le bassin mesure un peu moins de 8m de diamètre, et est entourée d’un passage d’1 m environ. Grâce à cela, le Victoria regia fait sa première fleur le 14 juin 1894 à Lyon et tout le monde en tire une grande fierté.

Démolition et reconstruction

En raison de son mauvais état général et pour améliorer les conditions de culture, la serre est rasée en 1980 et reconstruite en 1982 d’après les dessins du sous-directeur de l’époque M. Zandolla. Seuls les deux bassins sont conservés. Pour limiter les pertes de chaleur, on abandonne les petites tuiles de verre au profit des grandes plaques de verre actuelles. Son armature métallique rappelle les nervures de la feuille du Victoria et sa disposition circulaire met bien en avant la gigantesque Nymphéacée. 

La serre est fermée en période hivernale pour éviter les va-et-vient des visiteurs qui risqueraient d’exposer les plantes au froid. Elle reste toutefois accessible du printemps à l’automne.

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