|ZOOM SUR: la Vacherie|

Implanté au coeur du plus grand parc urbain de France et créé par un architecte de renom, la Vacherie est pour autant un bâtiment souvent méconnu et oublié. Zoom sur un bâtiment pourtant fort utile...

Le parc de la Tête d’Or abrite une vacherie. Oui, oui une vacherie pour des vaches. Denis Bühler implante un parc d’exception au bord du Rhône doté donc d’équipements de derniers cris, pour l’époque. La vacherie est, pour autant, un projet social. Elle a pour but de distribuer du lait stérilisé aux crèches municipales de la ville. Elle s’inscrit également dans l’histoire du développement du courant hygiéniste du début du XXe siècle. 

La première vacherie

En effet, le parc de la Tête d’Or abrite très tôt une vacherie. On peut d’ailleurs parfaitement la repérer sur le plan établi par Denis Bühler. Mais cette première vacherie, en bois, fut détruite par un incendie en 1871. Lyon et le parc vont demeurer sans vacherie pour près de trente ans.

team building lyon tête d'or
Zoom du plan pour l'Exposition universelle de 1894

La première commande de Tony Garnier

En effet, il faut attendre 1902. La nouvelle vacherie, c’est-à-dire la laiterie municipale, se reconstruit mais en déménageant. Elle s’installe le long de l’allée des moutons, en face de l’enclos aux crocodiles, à son emplacement actuel. De plus, la vacherie, telle que nous la voyons, est la première construction que la ville de Lyon confia à l’architecte Tony Garnier (1869-1948). La commande a lieu en 1904 par le maire Jean-Victor Augagneur.

Suite à ce premier contrat, Tony Garnier n’a ensuite cessé de façonner des constructions qui font le rayonnement de Lyon: de l’hôpital Grange Blanche (renommé Édouard Herriot) au stade de Gerland, en passant par le quartier des États-Unis.

Architecture

Venons en au bâtiment lui-même.

Plusieurs espaces

Tony Garnier propose le 30 août 1904 un plan comprenant :

  • Une étable pour 40 vaches,
  • une chambre à coucher et de surveillance, une cuisinière pour le vacher,
  • une cuisine pour la préparation de la nourriture des animaux,
  • une cave pour tourteaux, graines et légumes, fenil,
  • remise et WC pour le personnel.
  • Des locaux pour le service de la stérilisation du lait ayant un bureau, une salle de réception et de lavage des bouteilles avec dépôt de verrerie,
  • une salle pour la mise en bouteilles avec vestiaire et un lavabo pour le personnel,
  • une salle pour les appareils de stérilisation avec dépôts de charbon,
  • une salle pour le dépôt et la distribution des bouteilles prêtes.
  • Des combles.
  • Une cour dont une partie pavée, dépôt de fumier (couvert), fosse à purin, une étable d’isolement.

Nature et simplicité

Cette construction affirme son rapport avec la nature, sa simplicité et son emploi rationnel des matériaux locaux. Son concepteur la décrivait d’ailleurs comme une «construction conçue avec le plus de simplicité possible », pour « répondre aux prescriptions d’hygiène et aux besoins de solidité et de durée ». Tony Garnier porte donc une attention particulière à l’hygiène. Pour cela, il inclut une ventilation, l’écoulement automatique des urines, ainsi qu’un sol en briques vitrifiées.

Une grande modernité

L’unité de stérilisation du lait est alors une technologie moderne. Le maire l’inscrit, dès le départ. En effet, le maire Augagneur, médecin hygiéniste, souhaite fournir un lait de qualité à la jeunesse défavorisée. La ville veut ainsi maîtriser toute la chaîne, de la production à la distribution. Les mangeoires de l’étable sont en ciment, et comportent des robinets d’eau chaude et d’eau froide avec des tuyaux d’évacuation des eaux et du purin.

Décorations

Tony Garnier apporte peu de décorations. Elles résident dans les pots en terre cuite posés sur les redents (décrochements en escalier) du toit. On les dit ‘en pas de moineaux’. A cela, il faut ajouter un lierre mural et une haie d’enclos. Ces pignons à redans ornés de fleurs deviendront un élément de l’esthétique de Tony Garnier. Leur présence rompt la monotonie de ce bâtiment construit d’un seul tenant. Ces éléments sont importants : ainsi Tony Garnier pense l’esthétique de la Vacherie selon son environnement et sa fonction. 

Mais d’où Tony Garnier tire-t-il son inspiration? Pour ce qui est des pignons à redents, selon l’hypothèse la plus répandue, Tony Garnier s’inspire de l’architecture rurale modeste et de ses pignons à pas de moineaux. Ils permettent de limiter les infiltrations d’eau sur les murs porteurs par des petites pierres plates inclinées. Ce motif deviendra de toute façon un élément récurent dans l’architecture de Tony Garnier déjà présent dans ses dessins avant même la Vacherie du Parc. Malheureusement, si les redents existent encore, les pots de fleurs et le lierre ont aujourd’hui disparu, laissant un bâtiment bien nu.

« Cette œuvre atypique, unique, est toutefois réalisée dans un style que Garnier utilise pour plusieurs autres projets : mélange de régionalisme et d’éclectisme et parfois d’Art nouveau finissant. » — Olivier Cinqualbre (architecte et conservateur de musée)

Fonctionnalité

La vacherie abritait donc le logement du vacher et une étable de 40 vaches saines et vigoureuses, éprouvées à la tuberculose. Tous les jours, ce sont 250 à 300 litres de lait qui étaient recueillis dans de vastes berthes brillantes destinées au service de la stérilisation.

Voici ce qu’écrivit en 1909, Justin Godart, député du Rhône et adjoint d’Édouard Herriot, maire de Lyon depuis 1905, concernant la vacherie :

Etape 1 – lavage

— Un ouvrier lave de petites bouteilles de 125 grammes de contenance à l’aide d’une machinerie ingénieuse qui fait mouvoir dans chacune d’elle une brosse animée d’un rapide mouvement de rotation pendant qu’un jet d’eau puissant balaye l’intérieur du flacon avant un rinçage antiseptique au jet de vapeur.

Etape 2 – Remplissage

Les bouteilles propres sont alors disposées par dix (…) pour être passées au remplissage. Le lait onctueux est alors distribué très rapidement par un autre appareil. Puis se fait la fermeture ; le goulot de chaque flacon est creusé d’une profonde rainure (…). Lorsque le lait aura été stérilisé, et refroidira, le vide se fera dans la bouteille, aspirant le bouchon et appliquant hermétiquement, le caoutchouc dans la rainure. Le bouchage sera alors parfait.

Etape 3 – Stérilisation

Pour la stérilisation, deux étuves sont installées (…) à 107, 108 degrés pour 2.000 biberons. Le matin, une voiture vient chercher la provision journalière et la transporte aux huit crèches de quartier.

Bientôt, la Vacherie, disposera de 3 types de contenance variée car 125g c’est trop pour les petits et pas assez pour les grands. Il importe de donner pour chaque enfant (…) la quantité exacte de lait pour chaque tétée. Il faut éviter de donner aux mères l’occasion de conserver une bouteille pour le repas suivant car chaque bouteille doit être consommée immédiatement en entier ou jetée.
Ce dispositif est complété par une visite obligatoire chaque semaine de l’enfant au médecin de la crèche qui délivrera pour la semaine suivante, l’ordonnance fixant le nombre de bouteilles et leur quantité.

Le transfert de la vacherie en 1914

La Vacherie subsistera jusqu’en 1914 pour être transférée, sur la demande du maire de Lyon, Édouard Herriot, à l’école d’agriculture du domaine de Cibeins situé sur la commune de Misérieux dans l’Ain.

Le réaménagement de la vacherie du Parc

 La Vacherie fut réaménagée de 1922 à 1924 et transformée en fauverie. Elle permit d’accueillir Loulou, l’éléphant d’Indochine, les panthères et les lions.

Le bâtiment encore visible au Parc est maintenant affecté à un usage administratif.

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