|ZOOM SUR le passage Thiaffait|

Qui traversant les pentes de la Croix-Rousse à Lyon n'est jamais passé par le passage Thiaffait? Lieu de passage incontournable aujourd'hui, il a pourtant connu des heures sombres. Zoom sur la petite histoire dans la grande...

Est-ce une traboule?

Souvent, on peut lire que le passage Thiaffait est une traboule. Dans les faits, c’est une erreur. Concrètement une traboule est certes un passage, mais il s’agit d’un passage couvert, sinuant sous des bâtiments entre deux rues parallèles. Or, vous le constaterez vite si vous venez vous y promenez, le passage Thiaffait est entièrement découvert. Il serpente entre les bâtiments et pas dessous!

A présent que nous avons établi que le passage Thiaffait n’est pas une traboule, découvrons ce qu’il est et parcourons son histoire. Une histoire qui commence au Moyen-âge! Remontons le temps!

Des monastères au domaine privé

Pendant tout le Moyen-âge et jusqu’à la Révolution, le passage Thiaffait comme l’ensemble des immeubles de la Croix-Rousse n’existe pas. Les terrains sont alors occupés par des congrégations religieuses. A l’instar de l’église Saint-Polycarpe, le passage Thiaffait se situe sur un terrain alors occupé par le monastère des Oratoriens.  Ces derniers sont expulsés à la Révolution française. Les terrains sont dès lors vendus à des particuliers qui auront pour mission de les lotir. Après être passée entre les mains de plusieurs propriétaires (l’architecte Léonard Detours, Louis Mourreton, Jean-François Breyton et Jean-Marie Casati) c’est finalement Félix-François-Xavier Thiaffait qui acquiert cette parcelle en 1823. Mais qui est-il?

Felix François Xavier Thiaffait

Félix-François-Xavier Thiaffait est né à une date inconnue et mort en 1861. Philanthrope, il était:

  • membre du bureau de Bienfaisance de la Société d’Agriculture de Lyon
  • président de la Société d’Instruction Élémentaire du Rhône.

Outre son attachement à l’enseignement laïc, Thiaffait nous est connu par son Mémoire couronné par l’Académie des Sciences, Belles-Lettres et Arts de Lyon en 1834. La question mise au concours était : « indiquer le meilleur moyen de fournir à la Ville de Lyon les eaux nécessaires pour l’usage de ses habitants, pour l’assainissement de la Ville et les besoins de l’industrie lyonnaise ». Thiaffait y évoque les solutions mises en œuvre depuis l’Antiquité pour approvisionner Lyon en eau potable. De son côté, il propose de capter le maximum de sources à l’est de Lyon pour alimenter des châteaux d’eau qui desserviraient Lyon, en remplacement de l’eau du Rhône, rarement limpide et potable.

Et voici à peu près les seules informations qu’il nous soit parvenues de ce cher Mr Thiaffait. Tournons nous sur la construction du passage qui l’a encore n’est pas riche d’informations.

Construction

La construction du passage commence, en 1826, avec le perron donnant actuellement sur la rue René Leynaud. Ce perron est sans aucun doute l’élément qui démarque l’ensemble du reste du bâti croix-roussien.

La construction du bâtiment débute, quant à elle, en 1827. L’ensemble donnera naissance à une longue cour rectangulaire bordée d’immeubles typique de la Croix-Rousse, haut de 5 étages.  

La diversité des premiers occupants

Dans ce vaste ensemble, Thiaffait a donc prévu un grand nombre de logements. Mais surtout, il entend y accueillir de la diversité sociale. On dénombre un logement bourgeois et 132 logements ouvriers (de la soie) ou de marchands fabricants.

D’ailleurs Monsieur Thiaffait lui-même occupe un appartement situé sur la cour et dispose de 6 pièces. Les autres occupants sont:

  • une marchande de nouveautés
  • trois rentières
  • un fabricant de carton,
  • un relieur de livre,
  • un mécanicien,
  • un médecin,
  • un coiffeur,
  • un instituteur,
  • un professeur de langues
  • un peintre.

Ils apportent un peu de diversité au sein de la communauté des métiers liés à la soierie (marchands-fabricants, apprêteurs, liseurs de dessins, dévideurs, …), majoritaires sur la Croix-Rousse. Un ouvrier en soie travaille également ici et fait fonctionner deux métiers à tisser.

La déchéance et la Renaissance

A cette période très dynamique succède des siècles plus sombres. En effet, du XIX° au XXI° siècle, l’histoire du passage Thiaffait suit celle de l’ensemble de la Croix-Rousse. A la fin du XIXe siècle, l’habitat Canut  ne correspond plus aux dernières normes de confort. Il est dépassé par un nouveau type d’immeuble: les immeubles haussmanniens qui désormais peuplent la Presqu’île. La Croix-Rousse et ses pentes n’attirent plus. Pire encore, ils commencent à avoir mauvaise réputation. Les franges les plus aisées de la population quittent la Croix-Rousse. Celle-ci en subit le contrecoup:

  • en 1914, les loyers sont bloqués à un niveau très bas. L’entretien du bâti apparaît comme une dépense trop lourde, il est réduit au strict minimum.
  • entre les deux guerres :  la Croix-Rousse et ses pentes sont caractérisées par la surpopulation.
  • après la seconde guerre mondiale : la construction reprend dans Lyon. Le surpeuplement se résorbe. Mais la Croix Rousse n’attire pas. Abandonné par les personnes les plus solvables, et de plus affecté par le déficit d’entretien, le bâti croix-roussien se dégrade. Parallèlement, le commerce décline.

A la fin des années 1980, les pentes de la Croix-Rousse se trouvent donc dans un état de délabrement inquiétant qui ne cesse de s’aggraver. C’est alors que la Ville prend la décision de réagir. S’impose alors progressivement l’idée d’utiliser le commerce pour entraîner la rénovation de l’habitat. L’idée est simple: si les commerces reviennent, les habitants reviendront et les bâtiments seront rénovés. Dès lors, les deux processus (réhabilitation du bâti et réhabilitation commerciale) avancent en parallèle.

Et le passage Thiaffait dans tout çà?

A la fin des années 1980, le passage Thiaffait est particulièrement dégradé, pourtant sa position privilégiée au cœur des pentes de la Croix-Rousse attire l’attention des pouvoirs publics qui ont déjà engagé de nombreuses opérations de réhabilitation dans le quartier.

C’est en 1994 que la Ville charge la SERL (Société d’Equipement du Rhône et de Lyon) d’acquérir les immeubles du Passage Thiaffait. Celle-ci assure le montage complexe de l’opération et va ensuite rétrocéder 34 logements à l’OPAC afin que ceux-ci deviennent des logements sociaux et 12 à des propriétaires privés. Les locaux professionnels du rez-de-chaussée et du 1er  étage restent la propriété de la SERL. Les travaux dureront de 1998 à 2000 et concerneront également l’allée centrale afin de revaloriser architecturalement le passage.

Le village des créateurs

Dès le printemps 1994, la Chambre de Commerce et d’Industrie de Lyon propose de créer, pour la ville, un lieu dédié à la mode, qu’elle envisage place des Terreaux. L’idée de positionner cet équipement dans le Passage Thiaffait a été avancée en juin 1997 par un nouvel acteur apparu entre-temps : l’Institut Français de la Mode (IFM). Repris par la Ville dès septembre 1997, le projet avance alors à grands pas : « le Village des Créateurs, opération publique initiée par la Ville de Lyon, comportera des boutiques et des ateliers destinés en priorité à de jeunes créateurs de la mode textile ».

Les candidatures affluèrent, venues du monde entier (certaines venaient même du Japon). Le projet propose d’être un tremplin pour des jeunes créateurs émergents, notamment dans les secteurs du textile, de la décoration-art de vivre. Il ouvre ses portes en 2001 avec 900m² de locaux commerciaux et d’activités, des services communs, une mixité sociale dans les 46 logements, ce qui rebondit sur le projet initial de Thiaffait.

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