|ZOOM SUR: les prisons Saint-Joseph/Saint-Paul|

ancienne prison saint paul à Lyon murder party clue

Surnommée la marmite du diable, l'ancienne prison Saint Joseph/Saint Paul est aujourd'hui entrée dans le patrimoine lyonnais. Sa réhabilitation en lieu de savoir - une université - est une réussite. Récit d'un lieu atypique...

La prison, un concept récent

Suite à la Révolution française, l’emprisonnement devient en 1791 le système de répression remplaçant le supplice qui tenait jusque-là lieu de forme punitive. La prison est alors conçue comme une forme plus « humaine » de punition, un véritable courant philanthropique qui prend ses sources dans le siècle des Lumières. 

Deux systèmes pénitentiaires dominent le XIX° siècle :

  • le système pennsylvanien  prône un isolement rigoureux où les détenus sont enfermés jour et nuit dans des cellules ;
  • le système auburnien s’articule autour de réfectoires et ateliers où les détenus mangent et travaillent en commun, et de cellules individuelles pour la nuit à laquelle peut être imposée la règle du silence.
 

La Prison Saint-Joseph, conçue par Baltard – 1827/1831

Dès 1816, la construction d’une prison est envisagée à Perrache. Louis-Pierre Baltard, architecte, peintre et graveur, constructeur du palais de justice de Lyon, se voit confier le projet.

Il conçoit la prison Saint Joseph, sur un plan orthogonal pavillonnaire dit en peigne. Les premiers détenus arrivent dès 1831 tandis que la prison n’est même pas encore inachevée.

Prison Saint-Joseph – Elévation antérieure et vue cavalière, 1838  BnF. Va69 T12 hH148209

L’ensemble est composé de 6 pavillons destinés aux quartiers collectifs. Les pierres utilisées sont celles de Préty en Saône-et-Loire et les pierres dorées des Monts d’Or. Les 6 pavillons sont reliés par des portiques (galeries) en pierres massives de « villebois » du Bugey. Conçu dans une architecture néoclassique « parlante », l’ensemble est composé de formes massives destinées à démontrer la force de l’institution, en particulier le pavillon administratif d’entrée et le pavillon central (poste de garde surmonté d’une chapelle octogonale à coupole) en pierre de grand appareil.

Avec le siècle des Lumières et les philanthropes, très présents à Lyon, il y a eu tout un courant de pensée pour que la détention puisse servir à amender le détenu, à l’isoler des mauvaises influences qui sont celles des codétenus, et à le soumettre à la bonne influence du personnel pénitentiaire et de l’instituteur. Et c’est les débuts de l’hygiénisme. On essaie de faire en sorte que tout soit sain. Et pour ce faire, il faut que l’air et la lumière entrent partout. Louis-Pierre Baltard a conçu une architecture propre à réaliser ce projet.

Mais très vite, la réalité dépasse la pensée philosophique et hygiéniste. Dès 1836, l’extension de la prison vers l’ouest est envisagée. En 1839, huit ans après son ouverture, la prison souffre déjà de surpopulation qui fait plier tous les beaux principes : construite pour 200 détenus au plus, elle en renferme alors plus de 350 et se trouve encombrée à ce point que les classifications voulues par la loi ne peuvent y être respectées ; à ce point qu’on est contraint de faire coucher les détenus et notamment les femmes dans les couloirs, dans les vestibules, dans les cachots mêmes. En 1840, on compte également 120 enfants au pénitencier.

Agrandir: la prison Saint-Paul par Louvier – 1860/1865

En 1853, l’architecte du département Antonin Louvier présente un projet d’agrandissement de la prison qui doit être effectué à l’intérieur de son enceinte, à l’aide du prolongement des quatre bâtiments. Mais au final, c’est une toute nouvelle prison qui prend place à côté de l’ancienne.

La prison Saint Paul est organisée sur un plan radial dit système panoptique de 6 bâtiments rayonnant autour d’une rotonde centrale de surveillance surmontée d’une chapelle. Elle est construite entièrement en pierres de taille (pierre dorée du Lyonnais et pierre de Villebois).

Le programme est conçu pour 550 détenus répartis en 7 quartiers. 

Fermeture et réhabilitation

Malgré la construction de la prison Saint-Paul, la surpopulation continue. Devenues vétustes et surpeuplées, les prisons Saint-Joseph et Saint-Paul, surnommées « la marmite du diable », ne peuvent plus accueillir dans des conditions tolérables les prisonniers.

Les détenus qui sont passés par ces prisons racontent un quotidien pénible. L’État français a d’ailleurs été condamné à de multiples reprises pour les conditions de détention de Perrache. Sylvain Cormier, avocat pénaliste lyonnais, a décrit dans le détail l’état des bâtiments: étroitesse des lieux, mal chauffés, dont les toilettes trônaient dans un coin des 9m² que se partageaient en général trois détenus, cours de promenades ravagées de détritus, rats, cafards dans les douches, fuites d’eaux et électricité en dehors de toutes normes de sécurité… Un quotidien difficile à la fois pour les détenus mais aussi pour les surveillants.

Un nouveau centre pénitentiaire a été construit à Corbas et, le 1er mai 2009, tous les détenus y ont été transférés. Afin de sauvegarder le patrimoine architectural des lieux, l’État choisit de lancer un appel à projet de réhabilitation. Les anciennes prisons vont alors se métamorphoser en université…

Une histoire qui se poursuit…

Et pour en découvrir encore + sur ces prisons, venez participer à notre enquête « le Meurtre d’Emilie Perrache » de Perrache à Confluence!

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