|ZOOM SUR Lucie et Raymond Aubrac|

Zoom sur un couple hors norme dont les noms sont à jamais attacher à la Résistance française à Lyon pendant la Deuxième Guerre Mondiale.

Les premiers pas

Lucie Bernard est née à Paris le 29 juin 1912 dans une famille d’agriculteurs partie à la capitale tentée sa chance.  

Très vite, elle prend conscience de la montée des fascismes en Europe. En 1932, elle adhère aux Jeunesses communistes. En 1936, elle se rend à Berlin à l’occasion des Jeux olympiques et découvre la réalité du nazisme. Tout en étant une militante active, elle se lance dans des  études d’histoire-géographie et, en 1938, elle est reçue à l’agrégation d’histoire géographie du premier coup.

Nommée professeur à Strasbourg, elle y rencontre Raymond Samuel, ingénieur des ponts-et-chaussées. Elle l’épousera en décembre 1939. Ayant conscience du danger et afin de se protéger, ils changent de nom et prennent le patronyme « AUBRAC ».  Lorsque la guerre éclate, Raymond est mobilisé comme officier du génie. 

Trois arrestations, trois évasions

Fin juin 1940, Raymond est arrêté une première fois par les forces allemandes à Strasbourg. En août, Lucie organise la première évasion de Raymond. Au culot et faisant preuve d’un courage hors norme, elle parvient à le libérer! Le couple rejoint alors Lyon, où il rencontre Emmanuel d’Astier de La Vigerie. Il a fondé quelques mois plus tôt le groupe clandestin « La dernière Colonne », qui deviendra « Libération-Sud ». Il s’agit de l’un des plus importants mouvements de résistance après « Combat ». Le premier enfant de Lucie et Raymond Aubrac, Jean-Pierre, naît en 1941.

Militante et membre dirigeante de Libération-sud, Lucie s’adonne alors, entre ses cours, à de multiples activités clandestines dont :

  • en juillet 1941, elle contribue à la parution du premier numéro du journal Libération,
  • elle fabrique des faux papiers
  • elle aide des résistants à franchir la ligne de démarcation. 

Le 15 mars 1943, Raymond est arrêté pour la deuxième fois; cette fois-ci par la police lyonnaise. Découvrons comment Lucie parvient à le libérer: eh bien en se faisant passer pour une envoyée des services gaullistes! Lucie réussit donc une deuxième fois à faire libérer son mari deux mois plus tard.

Devenue spécialiste des évasions, elle organise peu de temps après, l’enlèvement par des faux Gestapistes, de trois résistants détenus à l’Hôpital de l’Antiquaille (dont Serge Ravanel), puis de quatre détenus à l’hôpital de Saint-Étienne.

La dernière arrestation

L’arrestation du général Delestraint, chef de l’armée secrète, à Paris, le 9 juin 1943 oblige la Résistance à prendre des risques pour lui trouver un remplaçant. Une réunion est prévue le 21 juin 1943, à Caluire (proximité immédiate de Lyon), en présence du tout nouveau Conseil National de la Résistance : Albert Lacaze, Bruno Larat, André Lassagne, Raymond Aubrac et Jean Moulin.

Le jour J avec Jean Moulin

La journée commence par plusieurs rencontres. Jean Moulin retrouve Raymond Aubrac, place Carnot. Ensemble, ils prennent le funiculaire pour se rendre à Caluire. Ils doivent retrouver le colonel Schwarzfeld mais ce dernier est en retard d’une demi-heure. La tension monte d’un cran. Les trois résistants arrivent avec 40 minutes de retard chez le docteur Dugoujon. La domestique, pensant qu’il s’agit de patients, les fait entrer en salle d’attente. Albert Lacaze, Bruno Larat, André Lassagne et René Hardy les attendent à l’étage.

Des voitures s’arrêtent autour de la villa Doucement. La Gestapo commence à entourer le cabinet. Les résistants ont été trahis. Le docteur Dugoujon raccompagne une patiente. Il ouvre la porte. La Gestapo prend d’assaut le bâtiment. Tout le monde est arrêté sauf René Hardy qui parvient à prendre la fuite. La Résistance envoie un télégramme à Londres: Max a été arrêté

La prison de Montluc

Tous sont incarcérés à la prison de Montluc et torturés par Klaus Barbie à l’école de santé militaire, avenue Berthelot.  Enceinte, elle monte une évasion audacieuse. Le 21 octobre 1943, en plein jour, les armes à la main, à la tête d’un groupe franc des MUR pour qui elle est « Catherine », elle mène l’attaque de la camionnette de la Gestapo dans laquelle sont transférés Raymond Aubrac et une dizaine d’autres résistants, dont Jean Moulin ne fait malheureusement pas partie. Une femme incroyable, un courage incroyable, un amour à toute épreuve!

La fuite

Désormais identifié et recherché par toutes les polices allemandes et vichystes, le couple erre de cachette en cachette dans l’attente d’un avion qui les emporte finalement à Londres avec leur petit garçon le 8 février 1944. Quatre jours plus tard, elle accouche d’une  fille qu’elle prénomme Catherine. A Londres, le couple prend de nombreuses fonctions dans les mouvements de Résistance. Ainsi, dès juillet 1944, Lucie participe à la mise en place des Comités de libération dans les zones libérées, tandis que Raymond est nommé commissaire régional de la République à Marseille. En janvier 1945, ils quittent Marseille pour Paris car Lucie siège désormais à l’Assemblée consultative.

Retour à la vie « normale »

Après la libération, Lucie retourne à son métier d’enseignante dans les lycées, tout d’abord en France, puis au Maroc et à Rome, en fonction des différents postes de son mari. Elle poursuit également son engagement militant dans diverses causes: la décolonisation, la condition féminine, et autres problèmes de société sont des combats qui la mobilisent et l’incitent à devenir membre de la Ligue des Droits de l’Homme.

À la retraite, Lucie, infatigable, anime de nombreuses conférences à travers toute la France. Cela lui permet de communiquer aux nouvelles générations le sens des valeurs de solidarité, de fraternité et de justice qui firent la grandeur du combat de la Résistance. Lucie publie également, en 1984, une autobiographie « Ils partiront dans l’ivresse ». Elle y revient notamment sur l’évasion de 1943.

Le réalisateur Claude Berri lui consacre un film éponyme en 1997, dans lequel elle est interprétée par Carole Bouquet, et son mari par Daniel Auteuil.

Décès

La vie de Lucie s’achève le 14 mars 2007 à Paris, à l’âge de 94 ans. En sa qualité de vice-présidente d’honneur de la Fondation de la Résistance, les honneurs militaires lui ont été rendus lors de ses obsèques aux Invalides, et conformément à sa volonté, ses cendres ont été transférées au cimetière de Salornay-sur-Guye, lieu de naissance de son père.

Devant Raymond Aubrac, leurs 3 enfants, leurs 18 petits enfants, des membres du gouvernement, de nombreux Résistants et la foule nombreuse de ses amis, le président de la République Jacques Chirac a prononcé son éloge funèbre. « Lucie Aubrac, nous n’oublierons pas votre message ».

Enquêtez avec Lucie et Raymond

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