|ZOOM SUR: Lyon Capitale de la Résistance|

Lyon, capitale de la gastronomie, capitale des Trois Gaules, capitale de la soie, capitale européenne de la culture, mais aussi capitale de la Résistance. Mais pourquoi le général De Gaulle a-t-il accordé ce titre à la ville de Lyon? Petit point sur cette petite histoire dans la grande Histoire...

Rappel historique 

Petit rappel d’une guerre éclair

Le 1er septembre 1939, Hitler envahit la Pologne, alliée de la France. En conséquence, le 3 septembre, la France et le Royaume-Uni déclarent la guerre à l’Allemagne. 520 000 français sont évacués des zones frontalières comprises entre la ligne Maginot et l’Allemagne.

Après une guerre éclair, la France est vaincue et dès lors, se trouve coupée en deux :

  • le nord est occupé par l’armée allemande,
  • le sud, dirigé par le Maréchal Pétain, est la zone libre, avec pour capitale Vichy. Le régime de Vichy décide de collaborer avec Hitler dès 1940.

Une première occupation allemande de Lyon

Le 14 juin 1940, les troupes allemandes défilent à Paris, sur les Champs-Élysées.
Le 19, elles sont à Lyon… elles entrent dans la ville et l’occupent pendant 19 jours. Elles se retireront derrière la ligne de démarcation le 25 juin 1940.

Lyon en zone libre

Lyon restera en zone libre jusqu’en 1943. Sa position très proche de la ligne de démarcation qui passe plus au nord, va lui permettre de servir de refuge à nombre de personnes persécutées. Raison pour laquelle, Lyon devient rapidement un foyer de résistance.

 Très vite, les périodiques nationaux (Figaro, Le Temps, Temps nouveaux) et intellectuels parisiens s’y replient, et de nombreux mouvements de résistance s’y créent, s’y regroupent et éditent leurs journaux. Les traboules vont jouer un rôle important dans l’histoire de la résistance à Lyon, notamment pour cacher les résistants et leur permettre d’échapper à la police, puis à la Gestapo.

La France sous contrôle nazi

En 1942, l’Allemagne envahit la zone libre de France par peur des débarquements alliés en Méditerranée depuis l’Afrique. Lyon est dès lors occupée par les Nazis.

Les conditions de vie deviennent très difficiles. Une partie des populations décide de résister à cette occupation allemande, par exemple en France, suite à l’appel du Général de Gaulle (18 juin 1940).

La Gestapo à Lyon

A Lyon, dès le 11 novembre 1942, l’Hôtel Terminus, situé face à la gare de Perrache (12 cours de Verdun), est réquisitionné par les autorités allemandes et devient le siège de la Gestapo. L’hôtel fut aménagé en deux parties : les logements et les bureaux où se déroulaient les interrogatoires et les tortures…

En février 1943, Klaus Barbie, surnommé « le boucher de Lyon » devient le chef de la Gestapo de la région lyonnaise. Il torture et exécute de nombreux résistants, et donne l’ordre d’exécuter de nombreux otages et de déporter des milliers de Juifs à Drancy puis Auschwitz.

La gare de Perrache est un élément central du dispositif des Allemands, qui y font passer les convois de ravitaillement, militaires et transiter les convois de déportation.

Actes de Résistance

En France, les attentats se multiplient à partir de 1943. Dans la nuit du 26 juillet 1944, un attentat est commis à Lyon, au café Le Moulin à Vent, place Bellecour (emplacement actuel du Veilleur de Pierre) fréquenté par la Gestapo. L’explosion de la bombe ne fait aucune victime. Le lendemain matin, cinq détenus de la prison de Montluc sont amenés devant le lieu de l’attentat. Les Allemands bloquent la circulation et abattent les cinq individus, les laissant aux yeux de tous. Ces cinq hommes ne sont pas les auteurs de l’attentat.

A Lyon, les milieux chrétiens sociaux, intellectuels et religieux (Jésuites notamment) mettent en œuvre des organes de résistance spirituelle, en particulier les Cahiers du Témoignage Chrétien et organisent le soutien aux victimes à travers l’Amitié chrétienne notamment.

La Résistance à Lyon

La Résistance s’organise très tôt à Lyon bien avant que l’Allemagne envahisse la zone libre. 

Les journaux clandestins

C’est à Lyon que les trois grands journaux clandestins de la zone sud voient le jour  dès l’automne 1940 et que naissent d’importants mouvements de résistance.

Henri Frenay, officier issu d’une famille lyonnaise, se détache peu à peu du régime de Vichy. Dès la fin 1940, il débute ses activités clandestines et envoie des renseignements à Londres. À la création du premier journal, Les Petites Ailes, s’ajoute le recrutement de sympathisants. 

Les premiers mouvements de résistance

À ses débuts, la Résistance prend la forme d’initiatives isolées qui se fédèrent peu à peu, enrichies par les passages à Lyon d’hommes venus de tous les horizons géographiques. Des démarches individuelles à la constitution de petits groupes, jusqu’à la naissance des premiers mouvements, c’est ainsi que s’affirme une volonté qui est tout autant d’opposition au régime que de refus de soumission à l’ennemi. L’absence d’occupants (qui n’en ont pas moins leurs observateurs et leurs agents) et la relative tolérance des services de Vichy sont autant de facteurs favorables.

Henri Frenay et François Menthon : Combat

En novembre 1941, le journal clandestin d’Henri Frenay et celui de François Menthon, Liberté, se fondent en un seul, pour donner naissance à Combat, dont le premier numéro paraît en décembre 1941. Les deux mouvements fusionnent également : Combat devient le mouvement le plus important de la zone sud.

Les mouvements Libération et Franc-Tireur

Fin 1941, apparaissent deux autres mouvements et leurs journaux clandestins, Libération et Franc-Tireur :

  • Libération est né de la rencontre à Clermont-Ferrand d’Émmanuel d’Astier de la Vigerie et de Jean Cavaillès. Avec une équipe de fidèles, dont les Aubrac, ils sortent le premier numéro de Libération en juillet 1941.
  • Le mouvement Franc-Tireur fait suite à un groupe lyonnais, France Liberté, fondé à la fin de l’année 1940. Jean-Pierre Lévy est à la tête de ce mouvement. Le premier numéro de Franc-Tireur paraît en décembre 1941. A partir de Juin 1941 et l’entrée en guerre de l’U.R.S.S., le parti communiste mène une activité intense dans les entreprises (grandes grèves d’octobre 1942 et juin 1944 contre le Service du Travail Obligatoire) et sur le terrain paramilitaire par le biais des Francs Tireurs et Partisans (attentats, sabotages, insurrections en 1944) tout en gardant obstinément son indépendance par rapport au mouvement Gaulliste.

Jean Moulin arrive à Lyon

En 1942, Lyon, encore en zone libre, regroupe donc déjà un grand nombre de Résistants.
C’est pour cela que Jean Moulin choisit d’y établir son poste de commandement au début de l’année 1942. Sa principale mission est d’unifier les mouvements de résistance sous l’égide du général De Gaulle, qui peine à faire reconnaître sa légitimité à Londres et Washington. 

Dès lors, commencent à s’organiser des attentats contre la collaboration et les allemands ainsi que des sabotages d’infrastructures industrielles et ferroviaires. C’est également à partir de Lyon qu’est mis en place, progressivement, sur la région, par recrutement des réfractaires au Service du Travail Obligatoire, le plus important des réseaux de maquis (Azergues, Ain, Tarare, Thel, puis Vercors).

La création du Centre National de la Résistance

C’est seulement au printemps 1943 sous le pseudonyme « Max » que Jean Moulin arrive à recueillir le fruit de ses efforts. Le 8 mai 1943, dans un message sans ambiguïté, il demande « l’installation à Alger d’un gouvernement provisoire, sous la présidence du général de Gaulle ; le général Giraud devant être le chef militaire ». Effectivement, les deux généraux créeront le 3 juin suivant un Comité français de la libération nationale.

Enfin, le 27 mai 1943, il réunit clandestinement les principaux chefs de la Résistance au 48, rue du Four, à Paris, et les convainc de fonder un Conseil national de la Résistance (CNR) inféodé au général de Gaulle. Le général est reconnu comme seul chef politique de la France combattante et Jean Moulin devient le premier président du CNR.

La fin

Il n’a plus que quelques semaines à vivre…

L’arrestation du général Delestraint, chef de l’armée secrète, à Paris, le 9 juin 1943 oblige la Résistance à prendre des risques pour lui trouver un remplaçant. Une réunion est prévue le 21 juin 1943, à Caluire (proximité immédiate de Lyon), en présence de membres du tout nouveau Conseil National de la Résistance : Albert Lacaze, Bruno Larat, André Lassagne, Raymond Aubrac et Jean Moulin.

La journée de Jean Moulin commence par plusieurs rencontres. Puis Jean Moulin retrouve Raymond Aubrac, place Carnot. Ensemble, ils prennent le funiculaire pour se rendre à Caluire. Ils doivent retrouver le colonel Schwarzfeld mais ce dernier est en retard d’une demi-heure. La tension monte d’un cran. Les trois résistants arrivent avec 40 minutes de retard chez le docteur Dugoujon. La domestique, pensant qu’il s’agit de patients, les fait entrer en salle d’attente. Albert Lacaze, Bruno Larat, André Lassagne et René Hardy les attendent à l’étage. Des voitures s’arrêtent autour de la villa, doucement. La Gestapo commence à entourer le cabinet. Les résistants ont été trahis. Le docteur Dugoujon raccompagne une patiente. Il ouvre la porte. La Gestapo prend d’assaut le bâtiment. Tout le monde est arrêté sauf René Hardy qui parvient à prendre la fuite. La résistance envoie un télégramme à Londres : Max a été arrêté. Certains sont prêts à le faire évader, mais sans succès.

Jean Moulin est incarcéré à la prison de Montluc et torturé par Klaus Barbie à l’école de santé militaire, avenue Berthelot. Le 3 ou 4 juillet, les Allemands le transfèrent à Paris, en vue de le déporter à Berlin où il n’arrivera jamais. Le 8 juillet 1943, il meurt des suites des tortures et des mauvais traitements en gare de Metz. Insoumis, il n’aura jamais cédé à la torture.

La Libération et un nouveau titre de capitale

1944 – L’année terrible

Klaus Barbie fait régner la terreur dans la ville. Après les débarquements en Normandie et en Provence, les Allemands sont sur la brèche. Rafles et pillages se multiplient. Des prisonniers de Montluc sont fusillés sans raison, comme beaucoup d’autres…

La libération

Dans la nuit du 1er au 2 septembre, les forces françaises de l’intérieur (FFI) prennent possession de la Préfecture et de l’Hôtel de Ville. Le drapeau bleu-blanc-rouge fait de nouveau son apparition sur la façade.

Les Allemands fuient la ville en faisant sauter presque tous les ponts de Lyon. La Presqu’île est coupée du monde quelques heures. 

De Gaulle à Lyon

Le 14 septembre 1944, le général de Gaulle inaugure sa tournée des villes françaises libérées à Lyon. C’est place des Terreaux, depuis le balcon de l’Hôtel de Ville qu’il prononce un discours que la foule en liesse n’oubliera jamais : « Comment dire à Lyon toute l’émotion, toute la gratitude que je ressens dans cette capitale gauloise qui fut ensuite la capitale de la Résistance française et qui est aujourd’hui une très grande ville de notre France couverte de blessures, éclatante dans son honneur et emportée par son espérance. »

Lyon sortait blessée de la guerre, mais Lyon sortait victorieuse…

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