|ZOOM SUR: le Gros Caillou|

« Rendez-vous au Gros Caillou! » Quel Lyonnais n’a jamais prononcé cette phrase? Le Gros Caillou est aujourd’hui l’un des éléments identitaires du plateau de la Croix-Rousse. Mais d’où vient-il, ce gros caillou sur lequel les enfants adorent grimper ? Zoom sur son histoire… ou sur sa légende…

Origine

Le gros caillou provient d’une moraine glacière. D’une quoi?? D’une moraine, explications grâce à Futura planète: « une moraine est un amas de blocs et de débris rocheux détachés d’un glacier et transportés par celui-ci ». Ok mais un glacier a-t-il vraiment pu transporter ce caillou jusqu’à Lyon. Réponse: oui car au cours de la Préhistoire, Lyon comme toute la région Auvergne-Rhône-Alpes connaissait un climat glaciaire.

Description

Il s’agit d’un gros rocher gris-blanc très dur, dont la composition minéralogique laisse à penser qu’il a été transporté depuis les Alpes jusqu’à Lyon par les glaciers, ce qu’on appelle un bloc erratique, c’est-à-dire un bloc errant.

Pour aller plus loin, il est composé de quartzite triasique métamorphique, roche typique de la Haute Maurienne et de la Haute Tarentaise, régions situées dans les Alpes à près de 200 km de Lyon, d’où le bloc a été déplacé par le glacier du Rhône à l’époque du Riss, il y a environ -140.000 ans.

Histoire d’une découverte

Après un tel voyage, le gros caillou dormait bien paisiblement dans les entrailles de la terre croix-roussienne. Jusqu’à ce qu’en 1861, des ouvriers le rappellent à notre bon souvenir lors des travaux du funiculaire (la ficelle), l’actuel métro C. Les travaux de percement du tunnel durent être interrompus car les travailleurs étaient bloqués par une roche extrêmement dure, qu’ils n’arrivaient pas à briser. La roche en question dut donc être dégagée, ce qui demanda de grands moyens et provoqua un certain retard dans les travaux.

Trente ans plus tard, les travaux de la Ficelle prennent fin. Lors de son inauguration, en 1891, il est décidé d’installer le Gros Caillou au milieu du boulevard de la Croix-Rousse, entre le 1er et le 4e arrondissement. Tout un symbole : c’est là qu’autrefois étaient érigés les remparts séparant la Croix-Rousse de Lyon. Il n’en fallait pas plus pour y voir l’union entre les deux communes. Finalement exhumé, le « Gros Caillou » est devenu à la fois le symbole de la force et de la persévérance des Lyonnais face aux obstacles, mais aussi le symbole du rattachement de la Croix-Rousse à Lyon, facilité par le funiculaire. 

Carte postale de Lyon – BM de Lyon / B02CP6900 001139

Il reste à cet emplacement jusqu’à ce qu’en 2007. L’ensemble de cet espace est alors réaménagé, et c’est l’occasion de créer l’esplanade végétalisée du gros caillou. Lui est déplacé… quelques mètres seulement, mais suffisamment pour l’ancrer dans le 1er  arrondissement. 

Légende

Mais la légende raconte une toute autre histoire… 

Elle nous fait remonter dans le temps, un temps où les religieux venaient d’être chassés des pentes de la Croix-Rousse, remplacés par des hommes et des femmes laborieux: les Canuts. Ils peuplaient la Croix-Rousse et la faisaient raisonner au son du bistanclaquepan (le métier à tisser pour les non-initiés). A cette époque là, on raconte que Dieu descendait régulièrement sur Terre et se mêlait aux hommes pour les rendre meilleurs…

Un matin d’hiver, Dieu se promenait donc incognito sur la grande rue de la Croix-Rousse. Il observait les gens et leur comportement. Il observait ceux qui agissaient avec justice et bienveillance. Jusqu’à ce qu’il tombe sur une scène qui en aurait ému plus d’un.  Un huissier de justice, répondant au nom de Jean Tournette, était en train d’expulser un canut avec sa femme enceinte et un gone (un enfant chez nous Lyonnais) de 3 ou 4 ans attaché à ses jupons. La pauvre famille grelottait sur le trottoir, et se demandait en pleurant où elle allait bien pouvoir vivre désormais. Elle suppliait l’huissier qui ne voulait rien entendre. Il restait froid et impassible face à la détresse de cette famille.

Dieu décida alors de punir l’huissier au cœur aussi froid et dur que la pierre. Ainsi, il transforma le cœur de l’homme en un petit caillou. Le petit caillou tomba de la poitrine de l’homme et roula par terre. Dieu dit alors : « Tu pousseras ce cœur de pierre sans relâche, jusqu’à ce que tu trouves plus méchant que toi ! »
Et soudain, l’huissier n’eut pas d’autre choix que de pousser son petit caillou devant lui. Au fur et à mesure qu’il avançait, le caillou grossissait. Il descendit le Boulevard de la Croix-Rousse, la montée des Esses, il avait déjà la taille d’un œuf de poule. Arrivé au quai, il avait la taille d’un œuf de canne. Mais l’huissier était confiant. Il était sûr de trouver plus méchant que lui. Pourtant, il avait déjà traversé la Croix-Rousse et s’apprêtait à traverser Vaise, et il n’y avait là personne de bien méchant. Il eut un peu d’espoir en arrivant au Palais de justice. Parmi les avocats, juges et magistrats, faux témoins et vrais coupables, il trouverait forcément… Mais le caillou ne s’arrêtait pas, et il avait désormais la taille d’une grosse pomme.

Il continua sa route, et arrivé à l’évêché, près de la belle cathédrale Saint-Jean, il fut pris d’un nouvel élan d’espoir. Mais depuis que les canuts étaient partis de Saint-Georges, il n’y avait là plus que des chanoines, abbés, vicaires et curés, et le caillou continua de rouler…
En traversant le pont vers Perrache, le caillou était maintenant gros comme un melon. Vers la caserne militaire de Perrache, l’huissier fut pris d’un nouvel optimisme. S’il n’y avait pas parmi les sergents généraux et capitaines quelqu’un de plus mauvais que lui, c’était bien un comble ! Mais le caillou roulait et jamais il ne s’arrêtait…

En remontant le long du Rhône, il avait désormais la taille d’une courge. Arrivé vers le pont Lafayette, il était encore en train de grossir, et malgré la proximité de la Bourse et de toutes les affaires probablement malsaines qu’il s’y faisaient, il ne s’arrêtait toujours pas.
Au pont Morand, il avait la taille d’une barrique. En traversant la place Tolozan, l’huissier priait pour enfin trouver. Dans ce quartier, les soyeux qui exploitaient les canuts, les faisaient travailler des heures et des heures pratiquement sans les payer, devaient forcément être plus méchants que lui ! Mais la pierre ne s’arrêtait toujours pas, et au pont de Saint-Clair, elle avait la taille d’un tonneau.

L’huissier se mit alors à gravir la montée Bonafous, en poussant son énorme caillou, suant et transpirant. Il était de retour à la Croix-Rousse, au début du Boulevard, lorsque le caillou, désormais gros comme le dôme de Saint-Bruno, se mit à tourner sur lui même, et s’arrêta brusquement. L’huissier vit alors passer un régisseur… C’était à la Croix-Rousse qu’il avait enfin trouvé pire que lui : les régisseurs d’immeuble sont donc encore plus méchants que les huissiers !

Source : Récits et Contes populaires de Lyon, Jacques Vallerant.

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