|ZOOM SUR: le Parc de la Tête d’Or|

Le Parc de la Tête d'Or.... Tous les Lyonnais et les Lyonnaises connaissent ce nom, arpentent ses allées, s'installent sur ses pelouses pour flâner au soleil. Mais connaissez-vous son histoire? Zoom sur l'un des plus grands parcs urbains au monde!

Le Parc avant le Parc

En 1530, les terrains sur lesquels se trouve l’actuel parc de la Tête d’Or sont la propriété de la famille Lambert. Le lieu porte déjà le nom de « Tête d’or ». Mais ce sont des terres inondables constituées de lônes (c’est-à-dire des bras du Rhône) et de brotteaux (c’est-à-dire des marécages en parler lyonnais).

Une partie du domaine est vendu en 1570 aux pères jésuites de la Maison de Bellecour.  En 1662, les archives mentionnent le domaine appelé « Grange Lambert », qui devient la possession de l’Hôtel-Dieu, héritier universel de Catherine Lambert.  L’Hôtel-Dieu devient seul propriétaire en 1735, lorsque la ville achète le lot des Jésuites pour les rétrocéder à l’Hôtel-Dieu.

Les terrains sont, dès cette époque, un lieu de promenade pour les Lyonnais. Paul Saint-Olive en 1860 dans sa Notice sur le territoire de la Tête d’Or, nous livre les souvenirs d’un lieu pittoresque et coloré : « le bois de la Tête d’Or, dans son état de nature, dans son état inculte, me paraissait une admirable promenade. Où trouver quelque chose de plus pittoresque que ces saulées, plantées sur un espace accidenté par de légers plis de terrains, parsemées de petits marécages, au milieu desquels croissent librement des joncs gigantesques ? C’était pour les peintes de paysage un trésor qui leur fournissait de charmants motifs d’études… Un tableau plein de couleur locale était celui que représentait le bois de la Tête d’Or, le dimanche, par une belle journée d’été. »

Pourquoi un parc à Lyon?

En ce début de XIXème siècle, les motivations à créer un parc urbain sont nombreuses partout en France. Elles sont généralement partout les mêmes:

1/ Assainir la ville

Les motivations inavouées, mais très perceptibles dans la présentation des projets aux élus, traduisent le souci d’assainir les villes. Les révolutions de barricades hantent les esprits, les rues étroites et sinueuses sont d’un accès difficile, notamment à la cavalerie. Et les révoltes des Canuts à Lyon n’ont rien arrangé. Les citadins aspirent désormais à la quiétude dans des lieux aménagés et clos. De ces  besoins naissent les jardins publics.

2/ Éduquer

Dans le même temps, on se soucie du rôle pédagogique que peuvent jouer ces jardins. Le bénéfice intellectuel et matériel qu’ils procurent à la communauté engage les élus à créer ou à transférer leur jardin botanique, à construire d’immenses serres pour la présentation des espèces exotiques. Cette notion d’utilité publique ne cesse de s’étendre et les frères Bühler répondent avec talent à toutes ces exigences !!!

Cela fait également parfaitement écho à des propos tenus à cette époque-là par Léon de Laborde : « avant 10 ans, nous aurons dans nos promenades, un musée de plein air, embelli de tous les charmes de la nature. »

3/ Divertir

A cette vocation pédagogique s’ajoute l’aspect ludique. Pour connaître le succès, un jardin urbain ne peut se satisfaire d’être séduisant. Il doit être attractif. La plupart des architectes-paysagistes négligent ou ignorent cette demande. Pour autant au parc de la Tête d’Or, Denis Bühler crée le centre nautique sur le lac. Les élus municipaux vont donc s’employer à multiplier les plaisirs et les attractions : kiosque, manège, aires de jeux, etc.

Ainsi le parc de la Tête d’Or illustre parfaitement les conceptions du parc urbain définies au XIXème siècle. Le style paysager, les fonctions pédagogiques et ludiques s’inscrivent dans le contexte politique, économique et social du Second Empire.

1812-1856 – Les décision pour créer le parc

Dès 1812, un parc urbain à Lyon est en projet. Divers lieux sont envisagés, comme la Presqu’île ou la colline de Fourvière, puis finalement, les terrains actuels, sont choisis.

En 1845, l’architecte Christophe Bonnet présente dans le cadre de son embellissement de la Guillotière un projet de parc urbain à l’emplacement du parc  de la Tête d’Or actuel : « Pour satisfaire les besoins pressants d’une grande population, j’ai transformé les atterrissements et les broussailles de la Tête-d’or en un bois planté à l’instar de celui du bois de Boulogne ».  Cette idée aboutira plus de 10 ans plus tard… 

Cette idée fera son chemin puisqu’elle est reprise dans son principe par le préfet (et maire de 1853 à 1864) Claude-Marius Vaïsse. Le 22 février 1856, lors d’une séance du conseil municipal, il fit admettre la nécessité d’aménager pour les Lyonnais un nouvel et vaste espace de détente. En pleine mode hygiéniste, Vaïsse milite pour une “promenade publique”, “facilement accessible aux promeneurs à pied (…) – la campagne de ceux qui n’en ont pas”.  Vaïsse s’inscrit ainsi dans la démarche des élus du Second Empire qui découvrent la nécessité de concevoir dans un même mouvement la ville et ses jardins. Les besoins d’hygiène, de loisirs et de santé sont clamés, mais le souci de sécurité et d’assainissement est également bien présent.

Alors même que le terrain n’est pas encore acheté, Vaïsse charge dès mars 1856, l’ingénieur en chef du service municipal – Gustave Bonnet – de proposer aux élus un paysagiste reconnu capable de conduire des projets si ambitieux. Si Vaïsse était partisan du paysagiste Varé, jardinier en chef du bois de Boulogne, Bonnet va lui proposer Denis Bühler, homme qu’il décrit comme d’une grande habileté comme paysagiste et ayant des connaissances profondes en arboriculture. Il précise que les frères Bühler sont cotés dans toute l’Europe pour la belle ordonnance de leurs réalisations. Vaïsse suit les conseils de Bonnet et confie aux frères Bühler l’étude définitive du parc de la Tête d’Or le 24 juillet 1856.

Le 27 novembre 1856, le terrain est acheté aux Hospices Civils de Lyon pour 1.250.000 francs.

Les travaux du parc commencent la même année, sous la direction des paysagistes suisses Denis et Eugène Bühler et de l’ingénieur Gustave Bonnet, et durent cinq années.

Les frères Bühler devaient suivre un cahier des charges précis. Le parc doit être doté:

  • “d’allées de différentes largeurs pour les promenades à pied, à cheval et en voiture”,
  • d’un “lac alimenté par les eaux du Rhône”,
  • d’une école botanique, des bâches et des serres, 
  • “d’une orangerie avec un amphithéâtre pour les cours de botanique”,
  • d’un espace pour un parc à daims et d’autres abris pour les animaux,
  • “d’un aviarium pour les oiseaux”.

Le plan des frères Bühler comporte des mentions originales comme celle d’un parc aux moutons, d’un enclos des poules et d’un pâturage à vaches.

Occuper les Canuts

Pour ses grands travaux, le préfet Vaïsse aime joindre l’utile à l’esthétique : la rue Impériale (République) devait ainsi faciliter les charges de la cavalerie en cas de nouvelles émeutes des Canuts ; l’aménagement du parc de la Tête d’Or va quant à lui permettre d’occuper les Canuts au chômage… et de calmer les esprits.

Plus de 3.000 ouvriers Canuts se relaient pour transformer le parc, monter les digues et creuser le lac. Peu habitués aux travaux de ce type, les Canuts remplissent rapidement les hôpitaux de Lyon (dans le meilleur des cas), voire les cimetières lorsque cela tourne mal. Plus de 500 d’entre eux semblent avoir dû se rendre à l’hôpital. Ils étaient payés 1Fr par jour, là où des terrassiers de profession auraient gagné 3Fr.

Bühler s’étonne des difficultés rencontrées : « les travaux faits dans le courant de cette année ont été les plus difficiles du parc et ce sont ceux où ma présence était des plus indispensables pour éviter de fausses manœuvres… les agents chargés des métrés et de la comptabilité des travaux, malgré leur mérite, n’ont aucune idée des nivellements, pittoresque travail, tout à fait étranger à leur spécialité » (Lettre au sénateur Vaïsse, 28 août 1858).

Malgré les difficultés, ils ne baissent pourtant pas les bras : certains espèrent secrètement tomber sur le trésor du parc: la fameuse tête d’or, à chaque coup de pelle et travaillent à un rythme soutenu.

L’exécution des travaux a été impressionnante par l’ampleur des volumes de déblais et des remblais : à l’aide de pics, pelles, pioches, brouettes et tombereaux, tout le domaine est nivelé en un hiver. Le lac est approfondi de 1,25m sur 12 hectares. La terre est transportée à 200m. Le jardin botanique est relevé d’un mètre sur 6 hectares avec des remblais apportés de l’extérieur ; une pépinière de 16.000 arbres est créée.

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